Nov 142015
 

Interview : Le Passager, l’enfant de Grangé

Avant d’être une série, Le Passager est un roman de Jean-Christophe Grangé. Un succès de plus à épingler à sa bibliographie. Un thriller haletant qu’il a adapté lui-même pour la télévision. Explications.

Vos univers sont bien souvent étranges et très originaux, où puisez-vous votre inspiration ?

Principalement dans ma base de données personnelle, que j’ai constituée au cours de ma vie de journaliste-voyageur-aventurier entre 1990 et 2000. Nous devions, avec mon binôme photographe, ramener les sujets les plus originaux possibles pour avoir une chance d’être publiés. J’ai gardé cette habitude de fouiller et de trouver des histoires que les autres ne connaissent pas.

Pour Le Passager, quel a été votre point de départ ?

En l’occurrence, la source de ce personnage ne vient pas d’un de mes reportages mais d’un ami qui avait évoqué les fugues psychiques. Je me suis ensuite documenté et dans un des ouvrages de référence j’ai trouvé l’exemple d’un homme qui, une fois soigné, retrouve son identité ; mais les médecins s’aperçoivent vite qu’il s’agit là encore d’une personnalité d’emprunt. Les différents caractères se sont emboîtés comme des poupées russes.

Mathias Freire est psychiatre, il aide Anaïs Chatelet, la flic. Mais qui mène véritablement l’enquête ?

Lui, certainement. Il mène l’enquête mais c’est une enquête sur lui-même. Et au fur et à mesure qu’il avance et remonte le fil des univers où il a été quelqu’un d’autre il reconstitue le puzzle de l’affaire des meurtres en série suivie par Anaïs. Ce sont deux enquêtes mêlées dans lesquelles les personnages se retrouvent parfois très intimement.

Au moment de l’écriture du roman, aviez-vous déjà à l’esprit une possible adaptation ?

J’ai une sensibilité assez cinématographique et visuelle qui influence mon style et le rythme de ma narration. Ainsi, il existe une proximité naturelle entre mes bouquins et l’audiovisuel. Mais je n’y pense jamais au moment de l’écriture. C’est un piège de faire quelque chose en pensant à une autre. Quand j’écris, je pense avant tout à mes lecteurs.

Connaissiez-vous déjà les producteurs du Passager ?

Oui. J’avais travaillé avec Thomas Anargyros et Edouard de Vésine sur Le Vol des cigognes. Au moment de la préparation de ce film, j’étais en pleine écriture du Passager. Un jour, lors d’une conversation, j’en ai évoqué l’histoire et les deux comparses se sont montrés très intéressés. Par amitié et par proximité, ils ont eu naturellement la primeur du roman.

Écrire l’adaptation de vos romans est un exercice qui vous séduit ?

Beaucoup estiment que la personne la moins bien placée pour adapter un livre est l’auteur lui-même. Je pense que cela dépend à la fois de l’auteur et du livre. Si vous êtes souple et ouvert aux suggestions des producteurs et du réalisateur, vous êtes un très bon candidat pour rédiger le scénario parce que vous connaissez votre bouquin par cœur. Vous savez exactement ce que vous pouvez couper ou non pour que l’intrigue tienne toujours debout.

Comment avez-vous travaillé avec Jérôme Cornuau, le réalisateur ?

Jérôme est à la fois intelligent et modeste. Il n’avait pas besoin de venir piétiner mon travail pour marquer son territoire, et nous avons avancé dans une entente commune. J’aime beaucoup les scènes de réminiscences et de rêves. Il a su admirablement bien montrer le flou qui s’épaissit dans l’esprit de Mathias Freire. Les flashs sur ses différentes identités et ceux sur les meurtres et les corps sont assez stylisés. Des scènes comme celles-ci, dans un livre, sont un peu exagérées ou un peu théâtrales… Seulement, l’imagination du lecteur œuvre secrètement et ça passe. Alors que lorsqu’il s’agit de les mettre en images, elles peuvent être complètement ratées ou granguignolesques. Pourtant, Jérôme a très bien réussi à traduire ces images oniriques et fantasmées du roman. Parfois horribles mais d’une beauté terrifiante.

Propos recueillis par Diane Ermel

Communiqué de presse France 2 – 20 octobre 2015