Fév 082016
 

TRAPPED – France 2

Lundi 8 février 2016 – France 2 – 20h55

Une série policière islandaise signée Baltasar Kormákur

Vous aimez (en tout cas au cinéma), le froid hivernal (au-dehors), les nerfs chauffés au rouge (au-dedans), la neige qui crisse sous les pas, le vent qui n’en finit pas de hurler, les intrigues policières particulièrement embrouillées, les personnages mélancoliques, les fausses pistes, les vrais losers, les huis clos, les petits secrets pas ragoûtants qui remontent un à un du passé, les flics grincheux, les gros anoraks, les prénoms imprononçables… Vous aimez le polar nordique. L’Islande avait pris du retard dans ce domaine. Elle le rattrape haut la main avec cette série imaginée par le réalisateur-producteur Baltasar Kormákur. 

 

 

 

 

 

 

« Ce n’était d’abord qu’une simple idée : une tempête, des routes bloquées, le tic-tac de l’horloge… », raconte Baltasar Kormákur. « Un début d’histoire a commencé à me trotter dans la tête. Un meurtre est commis dans une petite ville coupée du reste du monde par l’hiver. Un homme ordinaire, dépassé par les circonstances, doit mener l’enquête, au risque de mettre son entourage en danger et de révéler des secrets qui menacent toute une communauté apparemment paisible. Mon autre source d’inspiration était évidemment l’Islande, à la fois éblouissante et dangereuse, voire mortelle. J’imaginais une musique obsédante, alliée à des paysages qui remuent l’âme et à une intrigue criminelle méthodique, centrée sur les caractères, révélant épisode après épisode de nouvelles pistes, de nouveaux indices, faisant monter la pression. »

Baltasar Kormákur n’est pas le premier venu. Baltasar Kormákur Baltasarsson pour l’état civil islandais (Samper, de son nom espagnol)* est un acteur, metteur en scène de théâtre, réalisateur, producteur, révélé par son premier film, 101 Reykjavik (2000), belle réussite islandaise et internationale, et dont la notoriété est solidement installée depuis le très sombre Jar City (2006), adaptation d’un roman de l’auteur de polars désormais bien connu Arnaldur Indridason et très beau succès en Islande (plus de 100 000 entrées, soit tout de même le tiers de la population de l’île) et dans le monde. Notoriété suffisamment établie en dehors de l’île, en tout cas, pour que Hollywood lui fasse de sérieuses avances et l’abonne aux films d’actions à gros budgets et (si possible) à gosses recettes : État de choc, Contrebande, 2 Guns, Everest, etc. « Ces succès passés me permettaient de m’investir dans ce nouveau projet pendant deux, trois ans. Il est vite devenu évident que c’était un projet ambitieux : un spectacle typiquement islandais mais susceptible d’être vendu et apprécié dans le monde entier. Ambitieux… donc long et coûteux. » C’est Sigurjón Kjartansson, collaborateur de Baltasar Kormákur au sein de sa maison de production RVK Studios, qui est chargé de mener à bien l’écriture de la série. Pas le premier venu non plus. Comédien à la radio et à la télévision dans les années 90 (notamment aux côtés de Jón Gnarr, élu maire de Reykjavik entre 2010 et 2014), puis scénariste de séries, producteur, chanteur et guitariste du groupe de heavy metal Ham, acteur au cinéma**… L’histoire est bouclée durant l’été 2012, le scénario un an plus tard, avec le renfort du scénariste anglais Clive Bradley. Trapped (Ófærd, en islandais) s’annonce bien comme l’un des projets les plus vastes de l’histoire de la télévision islandaise.

Longtemps resté relativement artisanal (et peu visible hors de l’île sauf pour quelques happy few), le cinéma islandais a opéré sa mue industrielle à la fin du XXe siècle. Mais d’abord au service des autres : des productions étrangères attirées par des paysages uniques et grandioses, de très habiles incitations fiscales, et bientôt des techniciens locaux réputés pour leur professionnalisme. Meurs un autre jour ou Dangereusement vôtre, côté James Bond, Lettres d’Iwo Jima (Clint Eastwood, 2007), plus récemment La Vie rêvée de Walter Mitty (2014) ou la série Game of Thrones, entre des dizaines d’autres exemples. Mais désormais, le cinéma islandais vise délibérément l’exportation. De ce point de vue, Trapped a valeur de manifeste et de démonstration de savoir-faire. Il s’agit bien de proposer un polar nordique 100 % local. Tout y est. Un fjord typique, produit de synthèse de studios à Reykjavik, de prises de vues à Siglufjordur, petit port de pêche au nord de l’île, à l’hiver particulièrement rigoureux, et d’autres à Seydisfjordur, dans la région des fjords de l’Est, arrivée des lignes de ferry danoises. Un poste de police, une mairie, un hôtel, une école, une supérette, etc. Rien que de très commun. Une galerie de personnages sans histoires extraordinaires. Et pourtant, le souvenir d’un drame survenu sept ans plus tôt. Trois flics, à première vue ni bons ni mauvais. Plus habitués à arbitrer les querelles de voisinage qu’à faire face à la tempête qui les attend. Comme dans tout bon

polar, une fois les choses en place, tout est affaire de mécanique. Celle du destin, de l’horloge ou de la bombe à retardement. Un cadavre, l’arrivée d’un ferry venu du Danemark, le blizzard, une clé, un ticket de caisse… Plus tard, quelqu’un dira : « C’était pourtant une petite ville calme… » Quelqu’un d’autre : « Une chose mauvaise est arrivée avec cette tempête. » Un troisième répondra : « Je crois que ça a toujours été là. »

Côté casting, Trapped se veut également exemplaire. Des « icônes » (dixit Baltasar Kormákur) comme Thorsteinn Gunnarsson (Leifur) aux débutants (Baltasar Breki Samper, le propre fils du réalisateur-producteur), en passant par les rôles principaux, Ólafur Darri Ólafsson (Andri), Ingvar Eggert Sigurdsson (Ásgeir), Ilmur Kristjánsdóttir (Hinrika), Nína Dögg Filippusdóttir (Agnes), etc., la série donne à voir ce qui se fait de mieux en matière de comédiens***. Le même parti pris va, du reste, jusqu’au choix de la bande originale, confiée au compositeur Jóhann Jóhannsson — qui vient d’être nominé aux Oscar pour la musique de Sicario (Denis Villeneuve), après avoir reçu l’an dernier un British Academy Film & Television Award pour Une merveilleuse histoire du temps (James Marsh) — et à la jeune violoncelliste montante Hildur Gudnadóttir. Christophe Kechroud-Gibassier

* Les Islandais ne possèdent généralement pas de noms de familles mais des patronymes au sens strict, indiquant le nom de leur père.
** Il est à l’affiche de L’Histoire du géant timide, le prochain film de Dagur Kári (Nói albinoí, Dark Horse, etc.), produit par RVK Studios.
*** Une profession d’ailleurs pas si clairsemée au regard de la population de l’Islande, qui ne dépasse guère celle de notre ville de Nantes.

Communiqué de presse France 2 – 19 janvier 2016