Nov 112015
 

Il y a un siècle, les poilus s’apprêtaient à passer leur deuxième hiver sur le front. La cérémonie du 11 Novembre est l’occasion de revenir sur ce conflit dont on commémore le centenaire. Explications de Pascal Doucet-Bon, rédacteur en chef des éditions spéciales.

Cérémonie et musique à l’honneur

Nous suivrons le traditionnel dépôt de gerbes et le ravivage de la flamme sur la tombe du Soldat inconnu sous l’Arc-de-Triomphe en compagnie de nos envoyés spéciaux.

En plateau, les téléspectateurs retrouveront Marie Drucker, Pierre Servent, notre consultant militaire qui est aussi un collectionneur émérite de la Grande Guerre, Isabelle Veyrat-Masson, sociologue des médias, Nathalie Saint-Cricq, rédactrice en chef du service politique de France 2, Nicolas Chateauneuf pour parler du front en 1915 et le compositeur, interprète et improvisateur, Jean-François Zygel. En sa compagnie, nous allons revenir sur les conséquences du conflit sur le plan musical, car il y a un avant et un après 14/18. L’idée n’est pas de convier les téléspectateurs à un cours de musicologie mais de comprendre les changements, à travers des démonstrations, des improvisations au piano comme sait si bien le faire Jean-François Zygel dans son émission La Boîte à musique. Ainsi, et bien que la tendance ait débuté avant 1914, la guerre marque la fin de l’impressionnisme en musique. Avant la guerre, vous aviez de grandes nappes impressionnistes agrémentées de fioritures. Elles disparaîtront au profit d’un mouvement plus « serré ». Le jazz aussi a été découvert avant-guerre, mais tout s’est accéléré avec l’arrivée des soldats américains. Ravel, dès 1917, commence à introduire le jazz dans sa musique et les musiciens classiques français seront les premiers en Europe à considérer le jazz comme de la musique.

En 1915, environ 950 poilus tombaient chaque jour

A l’aide d’un barco – cette version moderne du tableau noir –, Nicolas Chateauneuf nous détaillera la situation du front en 1915, qui reste l’année la plus meurtrière du conflit. En moyenne, 950 poilus sont morts chaque jour. Côté allemand, les chiffres sont à peine inférieurs. Un soldat français qui se réveillait sur le front avait trois fois plus de chance de mourir le jour même que de rester en vie. Des ratios et une situation difficilement imaginables pour nous. Dans de telles conditions, il est étonnant qu’il n’y ait pas eu plus de désertions, de suicides ou de mutilations volontaires. A l’époque, les hommes se battaient par patriotisme. Aujourd’hui, cela peut sembler suranné d’employer ce mot mais c’était le cas. Sans oublier la propagande, qui leur décrivait les « boches » comme étant des barbares mangeant des enfants. La propagande et la manipulation n’étaient pas l’apanage des Français, elles existaient aussi du côté allemand. En revanche, les conditions matérielles étaient meilleures chez nos adversaires. Ils étaient un peu mieux traités, la nourriture et les vêtements propres arrivaient un peu plus souvent. Ils étaient mieux organisés que les Français, qui ne s’étaient jamais vraiment préparés à une guerre de position et qui ne s’y sont jamais vraiment adaptés. Attention, même si je dis que leurs tranchées étaient plus propres, les Allemands ne vivaient pas dans des trois étoiles. Ils avaient eux aussi des poux, des maladies liées à la saleté… mais, en 1915, un peu moins que les soldats français.

De l’usage des gaz mortels

14/18 est considérée comme la guerre des gaz tant leur utilisation a terrifié tout le monde. Et pourtant, au regard du nombre monstrueux de morts durant cette guerre, les gaz n’ont pas été les plus meurtriers. La première utilisation de gaz chlorés sur le front Ouest (en décembre 1914, le front Est en avait déjà fait l’expérience) remonte à février 1915, en Belgique, lors de la deuxième bataille d’Ypres, qui donnera son nom à un gaz resté malheureusement célèbre : l’ypérite. Plus connu sous le nom de gaz moutarde, il sera pour la première fois utilisé dans cette ville en 1917. Depuis Ypres, Fanny Stenneler nous relatera cette première bataille au gaz et les conséquences pour la suite du conflit. Car en 1915, les soldats belges et français ne disposaient pas de masques pour se protéger de ces gaz mortels.

Propos recueillis par Clotilde Ruel

A retenir
– Au cours de cette émission spéciale, Jean-François Zygel reviendra sur les spécificités musicales de La Marseillaise.

– En 2016 seront commémorées avec les Allemands, la bataille de Verdun et avec les Anglais, l’offensive de la Somme.
– Au musée de la Grande Guerre, chaque visiteur a la possibilité de manipuler une poignée mobile fixée à un mur et reliée à un contrepoids de 35 kg. Soit l’équivalent du poids minimum du sac à dos d’un poilu.
– Les gaz de dispersion étaient utilisés depuis la guerre de Crimée en 1905.

Communiqué de presse France 2 – 20 octobre 2015