Mar 172015
 

Charlie Hebdo – Pauvres : travaillez, on vous aide !…. A ne pas se révolter

Charlie Hebdo N°1181 - 11 mars 2015

Charlie Hebdo N°1181 – 11 mars 2015

Charlie Hebdo dans son N° 1187 du 11 mars 2015 propose un historique des mesures prises depuis la création du RMI (1988). C’est l’économiste maison du journal satirique Jacques Littauer qui s’y colle sous le titre : Pauvres : travaillez, on vous aide !

Dès les premières lignes de l’article, il y a une erreur monumentale qui a eu un impact important sur toute une génération Mitterrand sacrifiée ! Après le 10 mai 1981, un grand espoir naissait notamment pour les travailleurs pauvres et les chômeurs. À l’époque le taux de chômage frôlait 10%. 1983, un grand virage nous annonçait l’austérité. Michel Rocard en 1988 mettait en place le R.M.I (Revenu minimum d’insertion). Ce dispositif permettait aux personnes âgées de 25 à 60 ans ne percevant aucun revenu d’obtenir une allocation pour survivre !

Est-ce que pour autant l’insertion était prise en compte ? Oui, mais sous la forme du volontariat du demandeur. L’aide à l’insertion n’était pas vraiment réelle et ne demandait pas d’obligation à l’allocataire. Pour preuve je suis passé par là en 1988, puis 1991 à 2001. Ma seconde période d’érémiste a consisté d’informer la caisse d’allocation familiale tous les trimestres en cochant la case des trois derniers mois : aucun revenu. C’est ainsi pendant 10 ans (1991-2001), je percevais une somme mensuelle qui m’a permis de survivre.

Je tiens à préciser qu’en octobre 1987, je lance la sarl de presse Megacom-ik au capital de 2000 francs (305 €) sans la moindre aide financière d’une banque ou d’un organisme d’État. Mon entourage m’a soutenu dans ce projet. Pendant un an et demi (1989/1990) j’ai pu me dégager un salaire à mi-temps au Smig et sortir du RMI. La guerre du golfe début 1991 a fait chuter les budgets « pub » en presse écrite. Me revoilà au juin 1991 dans le dispositif RMI pendant une dizaine d’années, tout en étant gérant d’une sarl de presse mais non salarié. Mon chiffre d’affaires n’était pas assez conséquent pour me dégager un salaire.

J’avais réussi à être inséré dans la société de tous les jours tout en restant au RMI. Un économiste libéral dirait que chaque mois, l’état subventionnait ma survie. Ce qui m’a le plus manqué durant ces dix ans c’est surtout un coup de pouce financier d’une banque pour développer Megacom-ik. Bien entendu dans le milieu professionnel que je fréquentais, ma situation sociale était passée sous silence. Toucher le RMI était synonyme déjà de bon à rien, d’assister etc.

Il se fait qu’en 1997, j’ai eu l’occasion d’interviewer Michel Rocard. La question du RMI a bien entendu été évoqué. Sortant de ma réserve, je lui ai expliqué que le RMI était une bonne idée de départ, mais que l’insertion n’existait pas.

Le RMI a été une voie de garage en mode de survie pour nombreuses personnes.

En 2001, je fus convoqué par une commission pour connaître ma situation et mon parcours de 1991 à 2001. Ce rendez-vous s’est transformé en tribunal avec un verdict décidé en 10 minutes.

 Revenons à l’article de Jacques Littauer qui sort un chiffre de nulle part : 514 € pour une personne seule touchant le RSA. En réalité, il faut plus avancer le chiffre de 420 € en 2009. Aujourd’hui, c’est environ 452 €.

Le RMI cela concernait uniquement des personnes sans revenu. Il y avait plus d’aide ponctuelle (Paiement assurance, d’une quittance EDF en retard etc).

Le RSA a ajouté des travailleurs supplémentaires avec très peu de ressources. La part du gâteau « budget » a diminué, laissant les organismes référant avec très peu de marge de manœuvre. Pour preuve, lors d’une demande d’aide à la formation d’un montant de 100 €, mon référant de l’époque à dû bricoler une demande à l’aide sociale de la mairie, puisque impossible de dégager 100 € dans le dispositif RSA.

On parle d’une prime pour l’activité en 2016, qu’en sera-t-il vraiment ? Jacques Littauer conclut qu’avec ce nouveau dispositif qui va permettre aux travailleurs pauvres de glaner quelques euros ne résoudront ni la pauvreté ni le chômage au point de soupçonner l’allocataire à rester dans l’inactivité.

RMI, RSA et que sais-je en 2016 sont surtout un bon moyen aux personnes pauvres de ne pas se révolter ! Le vrai scandale du RMI, RSA c’est d’avoir permis à faire vivre de nombreuses personnes sous le dos de la pauvreté. Je pense à ces associations mandatées par l’État qui doivent s’occuper des allocataires du RSA soit en simple suivi « référant, soit en « formation ». Il faudrait faire un audit de tous ces organismes souvent inefficaces et faire un grand nettoyage de printemps !

Phil Marso – 17 mars 2015